comment bâtir...3(archives)
M René Jacob
Prêtre - Lens
Bâtir avec de l'or et des pierres précieuses, avec du
foin et de la paille, cela
dépend de nous (1 Co 3,10-13). Dans un premier
article (T .Tychique ri' 77, p.12-16), nous avons vu
comment poser les bases
indispensables. Dans m
deuxième article (Tychique ri'
79, p. 11-16), nous avons vu
comment les charismes et les
ministères principaux vont se
mettre en place. Dans ce
dernier article, nous verrons
comment avancer en eau
profonde pour jeter les filets.
III. VERS LE LARGE
1 - Mort à soi-même, consécration,
sainteté.
Lorsque Jésus a commencé à dire aux
disciples: pour que le monde soit sauvé, il
faut que je meure (Mc 8,31), Pierre s'est
-révolté. Il avait pourtant tout quitté pour
suivre Jésus. Il avait connu une vie
charismatique forte : malades guéris,
pains multipliés, démons chassés, et un
certain ministère lui était reconnu au
milieu des douze. Mais mourir, non. Il
voulait le succès, mais il raisonnait en
termes d'efficacité humaine ! « Arrière de
moi, Satan, lui dit Jésus, tes pensées ne
sont pas celles de Dieu mais celles des
hommes » (Mc 8,33). Ainsi Pierre, le
brave charismatique, est en train de faire
le jeu du diable: en raisonnant comme un
homme, il empêche le plan de Dieu!
« Celui qui veut venir à ma suite, dit
encore Jésus, qu'il renonce à lui-même »
(Mc 8,34) ; « le grain de blé, s'il meurt,
porte beaucoup de fruits » (Jn 12,24).
Cette étape aurait dû être franchie avec
la conversion (Rm 6,1 ss ; Col 3, 1 ss).
Mais bien souvent, comme Pierre et les
apôtres, nous butons sur l'obstacle du
renoncement à soi. On veut bien lâcher
beaucoup de choses pour Jésus, mais on
ne veut pas mourir ! Pourtant, notre
véritable épanouissement, et l'efficacité
divine à laquelle nous sommes appelés,
se trouvent au-delà de la mort. A la suite
du Christ, il nous faut « mourir », pour
qu'à travers notre mort, Jésus puisse
déployer en nous tous les fruits de sa
résurrection.
La consécration de ma vie à Dieu sera
la consécration de cette mort : je meurs
en donnant ma vie à Dieu. Rachetés par
le Christ, passés avec lui de la mort à la
vie, notre vie ne nous appartient plus:
elle est entièrement consacrée à Dieu
désormais. Dans l'ancienne alliance, on
consacrait tous les objets du culte à Dieu.
Cette consécration était purement
extérieure et formelle. Dans la nouvelle
alliance, à la suite du Christ qui s'est
offert lui-même à Dieu (He 9,14), ce sont
nos personnes tout entières que nous
sommes invités à offrir à Dieu, à
consacrer au Seigneur. C'est cela le culte
spirituel que nous rendons sans cesse à
Dieu (Rm 12,1). Notre temps, nos biens,
nos affections, notre avenir, notre
bonheur, notre vie elle-même, plus rien
ne nous appartient, nous ne nous
appartenons même plus nous-mêmes (1
co 6,19), nous appartenons au Christ.
Nous sommes dès lors appelés jour
après jour, à la sainteté. Une sainteté
qui n'est pas une récompense au terme
de nos efforts, mais qui est participation
instant après instant à la sainteté de Dieu
(Lev 19,2; He 12,14).
C'est en ne cédant en rien au radicalisme
de ce message évangélique, que notre
groupe de prière deviendra adulte et sera
prêt à prendre le large.
2 - Sacrements et vie ecclésiale
Cette participation à la sainteté de Dieu
ne pourra pas se vivre sans un
ressourcement régulier à la mort et à la
résurrection du Christ, c'est-à-dire dans
la célébration eucharistique du dimanche.
Nous avons déjà signalé l'importance de
la fraction du pain comme un des piliers
de la vie chrétienne. Au plus on avancera
dans la vie chrétienne, au plus cette
participation hebdomadaire deviendra
pour nous une nécessité vitale, lieu
privilégié de tout notre ressourcement,
communion au corps et au sang du
Christ, célébration de sa mort et de sa
résurrection.
Avec cette faim et cette soif, grandira en
nous le sens de notre appartenance
ecclésiale. Le Seigneur veut renouveler
son Église et ses églises; il ne veut pas
en construire d'autres. Tout en regrettant
les imperfections et peut-être les péchés
de notre Église, nous saurons découvrir
ses richesses. Tout en restant fidèles aux
charismes reçus du Seigneur, nous
participerons pleinement à la vie de notre
Église, travaillant avec nos autres frères
pour queue soit toujours plus belle et plus
pure, et pour que vienne vite le jour où
toutes les églises purifiées se
retrouveront unies dans la seule Église du
Christ, sous la conduite du seul et unique
Pasteur.
Parmi ces richesses de notre Eglise, nous
découvrirons ce que les catholiques
appellent les sacrements (pour les autres,
les gestes principaux de leur Église), en
particulier le sacrement de réconciliation,
le sacrement du mariage, le sacrement
des malades, comme autant d'occasions
de renouveler en nous la vie de Dieu.
Nous découvrirons aussi, parfois avec
souffrance, mais toujours avec joie, la
soumission et l'obéissance (voir Tychique
nô 76, Devenir parfaits par l'obéissance).
Et puisque le Seigneur ne nous invite pas
à bâtir une nouvelle Église, en cas de
conflit notre obéissance ira d'abord au
prêtre ou au pasteur de notre Église
plutôt qu'au berger de notre groupe de
prière.
3 - Formation
Très vite, dans nos groupes de prière, la
question de la formation va se poser. Être
disciple, c'est vouloir suivre un maître.
C'est vivre de sa vie, c'est aussi le
connaître et connaître ses
enseignements. Cette formation
s'appuiera essentiellement sur la Parole
écrite, la Bible, mais elle ne pourra pas
faire fi de mon appartenance ecclésiale,
car je lis la Parole avec les frères et
sœurs de mon Église qui essaient de
comprendre cette Parole depuis des
années, voire depuis des siècles.
On peut distinguer plusieurs paliers
1 - D'abord ceux qui ne connaissent pas
du tout le Seigneur. Cette formation sera
essentiellement une catéchèse destinée à
leur donner les éléments essentiels de la
foi chrétienne.
2 - Pour d'autres, les bases de la foi sont
assurées, mais ils ont besoin d'une
formation pour devenir des disciples
inconditionnels du Christ. On les dirigera
vers les écoles de formation qui se
multiplient un peu partout dans le
Renouveau. On veillera toutefois à ce que
ces écoles ne deviennent pas une fin en
soi, et qu'elles renvoient bien les
chrétiens à leurs communautés
originelles, une fois la formation
terminée.
3 - On sera aussi très attentif à repérer
les quelques-uns, peu nombreux (Jc 3,1)
qui sont appelés à devenir « docteurs,,
au bénéfice de plusieurs groupes ou
d'une région. A ceux-là, on proposera
une formation plus longue: études
bibliques, théologie, afin que le peuple de
Dieu tout entier soit bien équipé à tous
les niveaux.
4 - Enfin, la formation se poursuivra
toute la vie, par des sessions, des
week-ends, des échanges, sans oublier la
lecture habituelle de la Bible, seul et en
groupe.
On prendra toutefois bien garde à ce que
la formation ne devienne pas une
nouvelle idole. Car si la formation est
utile pour la vie chrétienne, le but n'est
pas de se former mais de vivre !
4 - Accompagnement spirituel
La formation ne suffit pas toujours à
marcher dans les voies du Seigneur. On
parle de plus en plus d'accompagnement
spirituel. Il est vrai qu'on ne peut
marcher seul, et qu'on a besoin les uns
des autres. Mais faut-il pour cela,
imaginer un accompagnement spirituel
perpétuel où chacun serait sans cesse
accompagné par quelqu'un d'autre ?
Nulle part, nous ne trouvons cela dans
l'Écriture. De plus, à qui demander un tel
accompagnement ? Aux prêtres et aux
pasteurs, tellement occupés déjà, qui
risquent d'être accaparés par quelques
uns au lieu de s'occuper de l'ensemble du
troupeau ? Aux bergers des groupes de
prière, qui n'auront plus le temps de
prier, de discerner et de travailler à
l'unité ? A des personnes sages qui
auraient un charisme d'accompagnement
? Mais si chacun doit être ainsi
accompagné toute sa vie, comment
va-t-on faire lorsque le Réveil arrivera en
puissance et qu'il y aura des milliers de
conversions. Sans oublier le risque de
faire des chrétiens de 33
perpétuels assistés, infantiles spirituels,
&
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